Deux pompiers témoignent des violences qu’ils subissent au quotidien


Deux pompiers du sud de l’Eure ont souhaité témoigner des violences de plus en plus fréquentes qui surviennent en service, qu’elles soient morales ou physiques.

Ils ont choisi de devenir pompier pour sauver des vies et venir en aide aux personnes, pourtant, des violences physiques ou morales ne permettent parfois pas aux pompiers d’exercer cette activité comme ils l’aimeraient. « Quand je suis rentré en 1996 [chez les pompiers, ndlr], il n’y avait pas toute cette agressivité » confie Pierre*.

Il remarque chez les personnes dans le besoin, des comportements de plus en plus insistants qui mobilisent parfois inutilement les soldats du feu. Selon Marie*, aussi pompier.

La mission principale des pompiers a changé, ce n’est plus du service à la personne, c’est de l’assistanat aux personnes ».

De nombreux exemples

Pour illustrer ces faits, Pierre cite un exemple concret. Un jour, une femme a appelé les pompiers pour être emmenée à l’hôpital.

Elle attendait sur le seuil de sa porte avec ses valises ».

Comme si les pompiers étaient en fait des taxis. Généralement, les personnes dans le besoin, en ruralité, n’appellent pas pour des choses inutiles « si elles appellent, c’est qu’il y a un danger », en ville, c’est une tout autre histoire.

Et ce genre de situations, c’est de plus en plus fréquent. S’il y a un refus de la part des soldats du feu, c’est là qu’arrive la violence. Marie développe.

Une violence souvent verbale, devenue banale… par des personnes souvent alcoolisées ou droguées. Le fossé entre les personnes respectueuses et non respectueuses devient énorme ».

Pierre ne compte plus le nombre de fois où il s’est fait caillasser en intervenant dans une grande ville du département.

Ça arrive souvent qu’on soit appelé pour rien. Et à côté de ça, il y a peut-être un gamin en malaise cardiaque ».

Le plus accablant est qu’ils ne sont pas les seuls à le dire dans leur centre de secours respectif où « tout le monde l’avoue, ce n’est pas un secret ». Pierre a par exemple déjà entendu en pleine intervention…

Je paie des impôts, vous pouvez m’emmener à l’hôpital ! ».

Les gendarmes eux aussi visés

Le problème, pour Marie c’est que « les gens ne font plus de différences entre les gendarmes et les pompiers ». Les gendarmes, qui, souvent décriés en cette période de crise sociale, subissent eux aussi des violences. Les deux professions sont parfois confondues sur le terrain. Le problème, c’est que la différence entre les pompiers et les gendarmes risque encore de se réduire dans la tête des citoyens. En effet, la mission des pompiers tend à changer à mesure que les attentats continuent à sévir en France…

Les pompiers sont désormais formés, en cas d’attentat, à aller chercher des corps sous couvert du GIGN (Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale), et une unité du Sdis 27 a notamment un uniforme adéquat disponible, entre casque blindé et gilet pare-balles « comment changer d’image en étant habillé comme eux ? ! » questionne Marie.

Du mal à recruter

Cette situation engendre aussi un manque de nouvelles recrues.

Les jeunes sont blasés quand ils voient comment ça se passe, c’est pour ça qu’on a du mal à recruter. Si mon fils me dit qu’il veut devenir pompier, je lui dirai de bien réfléchir ».

 

Malgré tout cela ils restent heureux de faire leur activité « on est fier de ce qu’on a fait sur certaines interventions ». Mais ils ne savent malheureusement même pas comment inverser la tendance de ce non-respect de la fonction « il faut se plier dans le sens où cela va… », se résigne Pierre.

 

* Pierre et Marie sont des noms d’emprunt, les prénoms ont volontairement été changés pour respecter l’anonymat des deux pompiers cités.

Le Réveil Normand

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