Des Pompiers interdits de parler par leur hiérarchie à Dijon

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L’ex-candidat socialiste à l’élection présidentielle, aujourd’hui leader du parti Génération.s, a passé la journée de mercredi dans le département. Avant de donner une conférence sur le revenu universel à BSB, il s’est rendu auprès d’agents de l’ONF à Mâlain, a revu les syndicalistes du centre hospitalier La Chartreuse huit mois après être venu, et a rencontré les pompiers, symboliquement bâillonnés pour l’accueillir.

Il était annoncé de longue date pour une conférence à la Burgundy School of Business (BSB) ce mercredi soir. Mais Benoît Hamon n’est pas du genre à passer en coup de vent. Quand il se déplace en France, il aime remplir son agenda et rencontrer tous ceux qui ont quelque chose à lui dire, à lui apprendre.
C’est ainsi que d’une simple conférence aux étudiants de l’école de commerce dijonnaise, le programme côte-d’orien de Benoît Hamon est devenu un véritable marathon en quatre séquences, toutes très différentes, en compagnie de Christine Renaudin-Jacques et de quelques membres de Génération.s 21.

«La forêt est devenue une richesse marchande»

La journée a commencé à la fraîche pour Benoît Hamon, dans la forêt de Mâlain, à la rencontre d’agents de l’ONF, l’Office National des Forêts. Des amoureux de la nature, qui ont des convictions sur «la forêt patrimoine commun», sur la préservation du biotope, etc. «Et ils décrivent leur rôle aujourd’hui comme celui d’un établissement public qui doit faire les arbres dont le marché a besoin» résume Benoît Hamon. «On se dirige vers l’idée que Bercy développait il y a une dizaine d’année, à savoir de privatiser la forêt. Du point de vue de l’état, on passe d’une richesse écologique à une richesse marchande. C’est consternant, je n’avais pas idée que la dégradation soit si avancée».
Pas de réjouissance au cours de cette balade en nature pour le responsable politique… «Il y a un grand décalage entre le discours du gouvernement qui dit avoir compris l’urgence écologique et l’importance de la lutte contre le dérèglement climatique, et le fait qu’on transforme la forêt en pur objet marchand, géré par des fonctionnaires dont le rôle est de permettre la production d’arbres spécifiques».

A La Chartreuse, «la grève n’a servi à rien»

Direction Dijon, et plus particulièrement le centre hospitalier de La Chartreuse, où il s’était déjà rendu il y a huit mois durant la grève d’une partie du personnel (cliquez pour lire notre reportage du 6 mars 2018). «Après ma visite en mars, ça m’intéresse de savoir où on en est, de faire le point» explique Benoît Hamon dès ses premiers échanges avec les syndicalistes. Mais il n’est pas le bienvenu pour la direction, qui l’a tout juste autorisé à se rendre au local syndical, mais sûrement pas à visiter l’hôpital.
«Huit mois après, rien ne s’est passé» constate, effaré, le leader de Génération.s. «On ferme des lits en intrahospitalier au nom du développement de l’ambulatoire, mais on supprime aussi des postes en extra hospitalier. On est dans un marché de dupes». Les agents sont résignés, un peu abattus. «On fait de plus en plus mal notre boulot, et la grève n’a servi à rien» confient-ils.

«Un jour viendra l’heure des comptes, et je serai impitoyable»

«On attend la mise en place des préconisations suite à une expertise très concluante» explique Delphine Chrétien, déléguée CGT.
«Le mot d’ordre donné aux Agences Régionales de Santé (ARS), c’est « on ne lâche rien » par peur d’un effet de contagion» répond Benoît Hamon. «La doctrine est assez claire, ce qui me laisse croire que les chances de réussite de ce genre de mobilisation, prises isolément, sont quasi nulles sauf à tomber dans la radicalisation ou à s’intégrer dans un mouvement national».
Après la visite, Benoît Hamon revient sur l’échange : «Il y a un paquet de hauts fonctionnaires, à l’ARS comme dans les directions d’hôpitaux, qui méprisent les salariés et stigmatisent les prises de parole, et finalement mettent en danger les patients et le personnel… Un jour viendra l’heure des comptes, et je serai impitoyable avec eux. Je ne leur trouve aucune excuse. Les agents de la chartreuse semblent résignés face à la logique financière. Ils ont des interlocuteurs immatures qui n’ont pas conscience de l’intérêt général.»

Pompiers : «Ça va mal finir… Par un drame»

Troisième rendez-vous en milieu d’après-midi avec les pompiers, au centre de secours du Transvaal : «Là, c’est le pompon» commente Benoît Hamon, qui découvre une situation très tendue qu’il ne soupçonnait pas.
«25% d’interventions en plus et 30% de personnel en moins… Ça va mal finir… Par un drame» commente-t-il après avoir eu droit à un exposé pittoresque de la situation.
Pittoresque parce que là aussi, Benoît Hamon n’était pas le bienvenu pour la direction du SDIS. Interdiction de faire entrer le leader politique dans l’enceinte du centre de secours, et interdiction aux pompiers de garde de franchir le portail. La rencontre se fait donc sur le trottoir : des pompiers en repos sont là, symboliquement bâillonnés pour illustrer le fait qu’ils n’ont pas le droit de parler. D’autres pompiers sont à quelques centimètres, mais de l’autre coté de la grille, dans le centre.

«Les pompiers demandent juste de meilleures conditions de travail»

Matthieu Brégand, pour le syndicat autonome SPP-Pats, décrit la colère des sapeurs-pompiers : les particules toxiques qu’ils doivent ramener chez eux pour les lessives car le SDIS ne lave pas leurs tenues, les interventions en sous effectifs, à quatre et même parfois trois dans un camion prévu pour six, les gardes à douze au lieu de quatorze au centre Nord «parce que les gars ont déjà fait trop d’heures cette année», et surtout, le dialogue complètement rompu avec l’ex-président (démissionnaire) Vincent Dancourt et le président du conseil départemental, François Sauvadet.
«Ce ne sont pas des gens qui grognent pour du salaire. Ils ont entre 1500 et 2500 euros et demandent juste de meilleures conditions de travail. C’est tragique que des Pompiers de Dijon doivent faire venir un dirigeant national pour donner un peu de chair à un combat légitime. Qu’est ce que c’est que ces vieux caciques de la politique qui se prennent pour des rois ?» Le ton est donné.

«On nous plume et on nous prend pour des imbéciles»

Avant d’aller expliquer sa vision du revenu universel à BSB, Benoît Hamon revient sur cette journée : «J’ai vu deux choses nouvelles en Côte-d’Or aujourd’hui, mais c’est partout pareil en France. La colère des gilets jaunes en est une illustration. Il y a deux cris dans ce mouvement : « on nous plume pendant que d’autres sont assis sur des coussins en plume, et on nous prend pour des imbéciles ». Le fil conducteur, c’est que ce que dirait une personne de commune rurale sur le sentiment d’abandon est la même chose qu’on retrouve en banlieue» analyse-t-il en faisant le parallèle avec son expérience de Trappes. «Il y a une forme d’apartheid territorial et social, accentué par Emmanuel Macron aujourd’hui, par son propre comportement. Et il accélère la montée de l’extreme droite et la venue de l’extrême droite au pouvoir…» conclut-il avant de se rendre à la Burgundy School of Business, devant une salle comble, pour parler de cette mesure qu’il a fait émerger dans le débat public lors de la campagne de 2017 : le revenu universel.

«Le revenu universel est tellement différent de la vision classique du travail»

«Je sais pas si il a été mal compris. Mais c’est tellement différent de la vision classique du travail. Il faut imaginer que le travail va se réduire, et donc qu’il faudra trouver d’autres choses. Or, l’estime de soi dans la société ne vient que du travail. C’est une affaire de long terme. Ceux qui se préoccupent de leur retraite qui forcément baissera car il y aura moins de cotisants, vont se dire que ce n’est pas si bête…»

Nicolas Richoffer
Photos Nicolas Richoffer et Jean-Christophe Tardivon
www.infos-dijon.com/

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